L’annonce à la famille

Il y a trois ans nous préparions un cadeau de Noël pour nos parents.

Un cadeau très particulier. Unique en son genre et inattendu.

Une enveloppe très simple avec une photo à l’intérieur. Prise en noir et blanc.

Laissant deviner quelques millimètres d’un être minuscule en devenir.

Sortie

Je suis sortie de la maternité un vendredi.

Cette sortie nous ne l’imaginions que tous les trois. Un retour à la maison, en famille, ensemble. Enfin, le séjour à la maternité ayant été interminable à mon sens.

Cela nous a été refusé. Monsieur travaillait ce jour-là, dernier jour avant son congé de paternité, il ne pouvait venir me chercher avant 16h. Nous avions donc demandé à sortir le jeudi.

Seulement j’allaitais. Sans aide du personnel, très mal formé. Mais pour eux cela nécessitait un séjour plus long. Refus donc.

Je devais libérer la chambre pour 12h le vendredi. J’aurai accès à un salon d’allaitement un peu plus loin si personne ne pouvait venir me chercher. Sans commodité ni intimité avec un bébé de quelques jours.

J’ai capitulé et demandé à mon père de venir nous chercher, la Miss et moi.

Je regrette de ne pas avoir forcé pour sortir un jour plus tôt à trois, notre fille entourée de ses parents. Je me suis sentie infantilisée par le personnel médical.

J’espérais beaucoup d’aide pendant ce séjour, il n’en a rien été. A refaire je demanderai une sortie précoce les premières heures suivant la naissance et des visites de notre sage-femme à domicile, comme nous l’avons fait par la suite.

La décision

Il y a trois ans nous étions en vacances, au bord de la mer. Formidable : repos, sexe, activités, soleil, gastronomie…

Il me semble avoir pris une fois ma pilule en retard, je ne m’en suis pas trop formalisée… Une fois revenus à la maison, quelques symptômes bizarres, seins douloureux, etc…

Un après-midi, je suis au travail, Monsieur à la maison (au chômage à cette époque) et nous discutons sur MSN, l’ancêtre de Twitter. On discute de mes ressentis et je finis par lui dire que « c’est peut-être une Miss ».
(c’est ballot hein, j’avais sauvegardé la conversation dans mon disque dur mais entre temps on s’est fait voler les ordis au boulot et j’ai tout perdu!)
Monsieur y croit, n’a pas l’air trop inquiet, il est comme moi il veut en avoir le cœur net. Je décide de passer acheter un test de grossesse à la pharmacie en revenant chez nous. Chose faite, on attend, il est négatif!

Merde.
C’est pas possible ça, si ça se trouve il n’a pas marché, il faut qu’on sache! On court faire une prise de sang.
Monsieur est persuadé que je suis enceinte, il voit plein de petites filles dans la rue et ne cesse de me répéter : « ce sera une Miss j’en suis sûr! » On est sur un petit nuage.

Le lendemain matin j’appelle le labo pour avoir les résultats : négatif.

L’atterrissage est rude. On se sent vides, inutiles et très tristes.
Malgré les incertitudes sur les débuts de cette supposée grossesse (consommation d’alcool à gogo entre autres), on se voyait déjà parents, on se projetait dans l’avenir.

Jusqu’alors, même si nous voulions des enfants, il n’y avait pas eu de déclic. J’avais un désir vraiment présent depuis environ un an, sans réussir à convaincre Monsieur.

Cet évènement a bousculé les choses. Monsieur ne m’a plus lâchée avant que j’accepte de faire un enfant. Au bout de quelques jours j’ai dit oui car j’en avais aussi très envie. Une grosse peur cependant : vivre ma grossesse toute seule car Monsieur démarrait une formation de dix mois et serait absent toute la semaine.

On l’a fait. C’était difficile malgré ça je ne regrette pas. A partir du moment où l’envie a été trop forte, elle a balayé toutes les préoccupations et tous les obstacles qu’on pouvait trouver.

Pourquoi je ne veux pas faire un autre enfant maintenant

Notre Miss va voir deux ans… ça fait déjà un moment qu’on nous pousse à faire un deuxième enfant… mais :

– je ne suis pas prête psychologiquement… ma Miss me comble d’amour et ça me suffit pour l’instant.
– idem pour Monsieur. Il veut un autre enfant (nous on avance par étape, un à la fois… on se dit pas qu’on en aura trois ou quatre, on est prudents!) mais pas tout de suite.
– parce que ma seule grossesse a été pourrie. Mais vraiment! Une fatigue insurmontable et des contractions dès 5 mois de grossesse qui m’ont forcée à rester quatre mois alitée avec strictement rien le droit de faire. Si je pétais un plomb au sens propre du terme je pouvais faire le tour du pâté de maison à pied : yeepee!
Comment gérer ça avec une petite fille bien remuante… mystère. Ou si, faire comme jolie-maman en son temps, confier l’aîné aux grands-parents et ne plus le voir que rarement. Mon cœur de mère se brise.
– une gros risque de jumeaux/jumelles dans la famille. Mon frère en a eu notamment et c’était ma plus grande trouille au début de la grossesse. Ce qui veut dire entre autres un risque de prématurité encore plus élevé : tant qu’à faire autant cumuler.
– un utérus qui contracte très facilement dans mon cas. Comme ma mère. J’espérais échapper à l’hérédité et j’y pensais vraiment pas en début de grossesse… (le personnel soignant à qui j’en parlais pensait que c’était psychologique et que je me faisais des contractions toute seule en gros pour reproduire le schéma familial… mais oui bien sûr!) mais voilà il semble bien que comme pour tout le reste je ressemble énormément à ma mère.
Elle a mis au monde trois enfants prématurés dont l’aîné à 28 semaines à une époque où la prise en charge n’était vraiment pas simple et les chances de survie très faibles. Faire le premier câlin avec son enfant au bout d’un mois de vie ça marque.
– pendant ces mois alitée j’ai fait du gras. C’était le seul réconfort que j’avais, d’autant plus que Monsieur était absent toute la semaine. Alors je ne me privais de rien. Un petit coup de blues? Hop quelques carrés de chocolat ça va faire du bien.
Se défaire d’une drogue pareille par la suite, c’est pas simple.
– j’ai pris beaucoup de kilos. Je me suis arrêtée de compter à 20, je trouvais déjà ça énorme. Mon corps ne me correspondait plus, je ne le reconnaissais pas dans le miroir. Tout ça n’a pas disparu à l’accouchement et il a fallu un an pour me retrouver. Je me rends compte maintenant que je l’ai très mal vécu et je ne suis pas prête à affronter une nouvelle transformation.
– parce que matériellement ça serait difficile. Pour accueillir un autre enfant, il nous faut aménager une chambre dans la pièce qui nous sert de bureau, ledit bureau devant lui-même être réaménagé deux étages plus bas : les travaux ça demande beaucoup de temps et d’argent, ça ne sera pas fait avant plusieurs années. J’ai déjà subi ça enceinte et jeune maman, j’ai envie de pouvoir compter sur Monsieur à temps plein quand le moment sera venu.

Il y aura un jour où ces points seront devenus minoritaires et où le désir d’enfant se fera plus fort. Quand, je ne sais pas…

Décollage

Une petite anecdote… que Monsieur m’a rappelée!

J’ai pris beaucoup de poids pendant ma grossesse.

Déjà parce que j’avais faim en permanence dès la première semaine de grossesse (sans rire ça a été le premier signe!) mais aussi parce que j’ai été alitée les quatre derniers mois, j’avais que ça à faire.
Résultat un bébé de 4 kg et pour moi je me suis arrêtée de compter à 20 kg… d’ailleurs chez nous on a pas de balance!

A ce stade-là j’étais bien plus grassouillette qu’avant et ça ne s’envole pas du jour au lendemain… à mon grand regret. Néanmoins je n’ai fait aucun régime et l’allaitement aidant je pense, j’ai mis un an à retrouver ma ligne et mon poids antérieur.

L’automne dernier nous sommes allés à une foire avec mes beaux-parents et après avoir bien mangé le midi, je les ai tannés pour manger une gaufre : pas n’importe laquelle, une gaufre cuite dans un gaufrier en forme de cœur, au feu de bois, à l’ancienne quoi! Leur saveur est incomparable et on n’en trouve qu’à cette foire donc gourmande comme je suis je ne voulais pas laisser passer l’occasion…

Monsieur me reproche une fois de plus mon appétit d’ogre, qui j’avoue est réel.
Ses parents protestent en disant :

« Elle a bien décollé! »

Et jolie-maman d’en rajouter, disant qu’en me voyant après l’accouchement elle ne pensait vraiment pas que j’arriverais à perdre du poids…

Comment prendre ça?
J’en suis restée comme deux ronds de flan!
Depuis Monsieur me le ressort de temps en temps pour me taquiner…

Ambulance

Je situe l’action : enceinte de 5 mois tout juste, seule à la maison toute la semaine pendant toute la grossesse car le futur père suit une formation diplômante loin de la maison.

En rentrant du boulot, je ressens une fatigue physique intense et je passe tout le reste de la soirée allongée, par moments je me sens vraiment mal et puis ça passe. Je me réveille le lendemain vers 7 h et me rend compte que le malaise s’appelle en fait contraction. Ce qui veut dire que j’ai des contractions rapprochées depuis la veille à 5 mois de grossesse!

J’attrape le téléphone sur la table de nuit (recommandation du futur papa inquiet) et explique mon cas au médecin du Samu qui me répond qu’il m’envoie une ambulance. Là le stress monte et j’ai une énorme bouffée d’angoisse pour mon bébé : s’il naît maintenant, il a peu de chances de vivre.

Il faut dire que les accouchements prématurés, dans la famille, on connaît : mes frères et moi sommes prématurés à grand prématuré… Jusqu’à cet instant je n’étais pourtant pas inquiète car tout se passait bien.

Dans un état second, je rassemble quelques habits pour m’habiller et appelle ma mère, seule disponible car le futur papa passe ce jour-là des examens très importants pour son diplôme et je ne veux pas lui faire tout lâcher pour conduire plusieurs heures dans un état émotionnel terrible. Ma mère me dit de ne pas m’inquiéter, elle saute dans la voiture et me retrouve à l’hôpital.

Les ambulanciers sonnent à ce moment là et on part. Ils arrivent un peu à me calmer, c’est déjà ça. On apprécie à ce moment-là l’indifférence des gens en voiture qui ne se poussent pas pour laisser passer l’ambulance dans les embouteillages : il est presque 8h, c’est l’heure de pointe.
On arrive aux urgences et on part direct voir une interne, l’avantage de l’ambulance c’est donc que tu grilles tout le monde. En même temps, ça me dit pas des masses de recommencer…

Mes gentils ambulanciers me laissent avec l’interne, une femme, qui parle peu, en même temps ça tombe bien car elle a un tel accent à couper au couteau que je suis obligée de lui faire répéter la moindre de ses phrases. Glaciale avec ça, je me suis vraiment sentie « femme enceinte angoissée pour rien qui creuse le trou de la Sécu ». Elle trifouille avec un coton-tige (j’apprendrai plus tard que c’était pour vérifier si la poche des eaux s’était percée) puis échographie.
Contrairement à ce que m’avait annoncé le médecin du Samu, le monitoring n’a pas l’air prévu : j’aurai pourtant juré que c’était ce qu’il y avait de plus indiqué pour surveiller des contractions…

En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire je me retrouve éjectée dehors avec une ordonnance pour une prise de sang, du spasfon et un arrêt de travail de trois jours.

Je retrouve ma mère quelques couloirs plus loin, en train de faire un scandale : le personnel lui soutenait que je n’étais pas là, forcément le dossier administratif n’était pas encore enregistré dans l’ordinateur, c’était une urgence.
Nous voilà réunies, deux fontaines de larmes à nous deux car l’interne ne m’a rien expliqué, je ne sais pas quoi faire à part gober mon spasfon. Mon bébé a l’air bien, d’après ce que j’ai pu en voir à l’échographie, c’est déjà ça.

Ma mère me ramène chez moi, on appelle le gynéco qui est absent. C’est la secrétaire qui m’explique que je dois rester allongée un maximum et ne surtout faire aucun effort ni activité : j’aurai rendez-vous avec ma sage-femme le lendemain.
A partir de là ce sera station allongée un maximum, aucune activité pour le reste de la grossesse et spasfon. Consultations régulières pour vérifier, chaque jour de passé est un jour gagné sur la prématurité.

Les contractions ont continué jusqu’à l’accouchement qui est heureusement arrivé une semaine avant terme : j’ai donc passé presque quatre mois collée à mon canapé. Mais une belle petite fille de 4kg à la naissance.